Article mis à jour le 09 avril 2026.
Face au portfolio de votre étudiant infirmier, vous cherchez les mots justes ? Comment formuler une appréciation qui soit à la fois constructive, précise et respectueuse du référentiel de compétences ? C’est un exercice délicat, entre la volonté de former avec bienveillance et la responsabilité de garantir la sécurité des futurs patients. Trop souvent, on se retrouve à court d’inspiration, oscillant entre des banalités peu utiles (« bon stage ») et des critiques difficiles à formuler. Cet article n’est pas une dissertation théorique sur l’évaluation. C’est une véritable boîte à outils pour tuteurs, une banque de phrases concrètes et prêtes à l’emploi, classées par compétence et par niveau de formation. L’objectif est simple : vous faire gagner du temps et vous aider à rédiger une appréciation d’élève infirmier qui soit juste, factuelle et réellement utile à sa progression.
La ‘Banque de Phrases’ du Tuteur : Verbatims pour le Portfolio (Ciblé Compétences)
L’évaluation d’un stagiaire infirmier ne s’improvise pas. Elle doit s’appuyer sur des faits observables et être alignée avec les 10 compétences du référentiel de formation. Pour être juste, l’appréciation doit aussi tenir compte du niveau de l’étudiant : on n’attend pas la même autonomie d’un étudiant en début de formation (Semestres 1 et 2) que d’un futur professionnel en fin de cursus (Semestres 5 et 6). Voici des exemples concrets pour remplir le portfolio de manière pertinente.
Compétence 3 : Accompagner une personne dans la réalisation de ses soins quotidiens
Cette compétence évalue la capacité de l’étudiant à réaliser les soins de base (nursing) tout en respectant l’autonomie et la dignité du patient. L’observation porte sur la technique, l’ergonomie et l’approche relationnelle durant ces soins fondamentaux.
- Année 1 / S1-S2 (Découverte) : « Identifie les besoins du patient en matière d’hygiène et sollicite l’aide de l’équipe pour les soins complexes. Applique les protocoles de base avec supervision et fait preuve de respect envers le patient. »
- Année 1 / S1-S2 (Constructif) : « Doit améliorer son organisation lors des soins de nursing pour gagner en fluidité. L’ergonomie et les principes de manutention sont à renforcer pour assurer sa sécurité et celle du patient. » (Un rappel essentiel en début de cursus pour prévenir tout risque de lumbago, particulièrement fréquent dans la profession).
- Année 3 / S5-S6 (Autonomie requise) : « Réalise les soins d’hygiène et de confort en totale autonomie, en adaptant sa pratique à l’état clinique, au projet de vie du patient et à son niveau de dépendance. Fait preuve d’une grande dextérité et d’une posture professionnelle. »
- Année 3 / S5-S6 (Constructif) : « Bien que techniquement compétent, doit encore développer sa capacité à éduquer le patient pour favoriser son autonomie dans les gestes de la vie quotidienne. »
Compétence 6 : Communiquer et conduire une relation dans un contexte de soins
Ici, on évalue bien plus qu’une simple conversation. Il s’agit de la capacité à créer une alliance thérapeutique, à utiliser des techniques de communication adaptées (écoute active, reformulation) et à gérer les interactions avec les patients et leurs familles, parfois dans des contextes émotionnellement chargés.
- Année 1 / S1-S2 (Découverte) : « Établit un premier contact respectueux avec les patients. Commence à utiliser la reformulation pour s’assurer de la bonne compréhension des informations. Se présente systématiquement. »
- Année 1 / S1-S2 (Constructif) : « Reste encore en retrait dans la communication et doit s’exercer à initier le dialogue avec les patients. La communication non verbale est parfois en décalage avec le message verbal. »
- Année 3 / S5-S6 (Autonomie requise) : « Mène des entretiens de soin pertinents, en utilisant des techniques de communication thérapeutique, en s’inspirant des principes de la Communication Non Violente, pour désamorcer l’anxiété et recueillir des informations clés pour le projet de soins. Adapte son langage aux différents interlocuteurs. »
- Année 3 / S5-S6 (Constructif) : « A parfois des difficultés à poser un cadre et à conclure un entretien, notamment avec des familles aux demandes multiples. Doit apprendre à gérer les situations de communication complexes avec plus d’assurance. »
Compétence 9 : Organiser et coordonner les interventions soignantes
Cette compétence est au cœur de l’organisation du service. Elle mesure la capacité de l’étudiant à gérer son temps, à hiérarchiser les priorités, à anticiper les besoins et à collaborer efficacement avec le reste de l’équipe soignante (AS, autres IDE, médecins).
- Année 1 / S1-S2 (Découverte) : « Respecte le planning de soins établi par l’infirmier référent. Signale les tâches effectuées et celles non réalisées. Apprend à préparer son matériel en amont. »
- Année 1 / S1-S2 (Constructif) : « Se laisse parfois déborder par l’enchaînement des tâches et peine à prioriser. Doit travailler sur l’anticipation pour éviter les allers-retours inutiles. »
- Année 3 / S5-S6 (Autonomie requise) : « Organise sa tournée de manière autonome, priorise les soins selon l’urgence clinique et la charge en soins. Anticipe les besoins matériels pour la journée et coordonne ses actions avec l’aide-soignante du binôme. Les transmissions ciblées sont claires et synthétiques. »
- Année 3 / S5-S6 (Constructif) : « La gestion des imprévus reste un axe d’amélioration. Tendance à se focaliser sur sa planification initiale au détriment de la réactivité nécessaire face à une urgence ou une demande intercurrente. »
Évaluer le Savoir-Être : Posture, Ponctualité et Intégration
Bien qu’il ne constitue pas une compétence numérotée à part entière dans le portfolio, le savoir-être est une composante transversale et non négociable de la pratique infirmière. Un étudiant techniquement parfait mais doté d’une posture professionnelle inadaptée représente un risque pour la cohésion de l’équipe et la qualité de la prise en charge. L’évaluation de ces comportements, intégrés aux différents critères du portfolio, doit rester factuelle et basée sur des observations répétées.
| Critère | Exemple d’appréciation positive | Exemple de point de vigilance |
|---|---|---|
| Ponctualité & Assiduité | « A fait preuve d’une ponctualité et d’une assiduité exemplaires tout au long du stage. Prend connaissance des transmissions avant la relève. » | « Des retards répétés ont été constatés, impactant l’organisation de l’équipe et la continuité des informations. » |
| Discrétion professionnelle | « Fait preuve d’une grande discrétion et respecte la confidentialité des informations des patients, que ce soit dans les couloirs ou en salle de pause. » | « Un rappel à la discrétion professionnelle a été nécessaire suite à des conversations sur des situations de patients dans des lieux inappropriés. » |
| Curiosité intellectuelle | « Fait preuve d’initiative en réalisant des recherches personnelles sur les pathologies et les traitements rencontrés. Pose des questions pertinentes pour lier théorie et pratique. » | « Manque de curiosité et d’investissement personnel. N’a pas su mettre à profit les conseils pour approfondir ses connaissances sur les prises en charge spécifiques au service. » |
| Intégration à l’équipe | « S’est rapidement et positivement intégré à l’équipe pluridisciplinaire. Propose son aide spontanément et communique de manière constructive. » | « Reste en retrait et communique peu avec les membres de l’équipe. Doit développer une posture plus collaborative pour s’intégrer efficacement au fonctionnement du service. » |
| Gestion du stress | « Sait garder son calme et maintenir un raisonnement clinique structuré face aux situations d’urgence ou de stress. » | « La gestion des émotions est un axe de travail. Le stress semble parfois paralyser sa prise de décision et affecter la dextérité de ses gestes. » |
Qualifier la Technique : Phrases pour l’Asepsie, l’Ergonomie et la Dextérité
L’évaluation des gestes techniques est un pilier du bilan de stage. La sécurité du patient est le critère absolu. Il ne s’agit pas seulement de « réussir » un geste, mais de le réaliser en respectant scrupuleusement les règles d’hygiène, d’asepsie, d’ergonomie et de sécurité.
Dans certains cas, il est de votre responsabilité de signaler une incompétence grave. La formulation doit être factuelle, non-jugeante et centrée sur le risque. C’est ce qu’on peut appeler la phraséologie de l’alerte professionnelle.
- Exemple d’appréciation positive : « Maîtrise la technique de pose de voie veineuse périphérique en respectant les règles d’asepsie et le confort du patient. Le geste est de plus en plus assuré. »
- Exemple d’appréciation constructive : « Le geste technique pour la réfection de pansement est en cours d’acquisition. Doit encore gagner en dextérité pour limiter la durée du soin et améliorer le confort du patient. L’ergonomie est à travailler pour préserver son dos. »
- Exemple d’appréciation constructive ciblée : « Concernant l’administration des médicaments, la procédure de vérification (bon patient, bon médicament, bonne dose, bonne voie, bon moment) doit être systématique et plus rigoureuse. »
- Exemple d’alerte professionnelle (non-validation) : « La maîtrise des règles fondamentales d’hygiène et d’asepsie (friction hydro-alcoolique, préparation de soins stériles) n’est pas acquise à ce jour, malgré des rappels répétés. Cette lacune constitue un risque pour la sécurité des patients et compromet la validation de la compétence. »
Gérer la Progression : Du Bilan de Mi-Stage à l’Évaluation Finale
L’évaluation est un processus continu, pas un jugement final. Le bilan de mi-stage et l’évaluation de fin de stage n’ont pas la même finalité et ne se formulent pas de la même manière. Le premier est un jalon pour progresser, le second est un bilan pour valider.
À mi-stage, l’objectif est de définir un contrat de progression. Le ton est celui de l’accompagnement. La formulation doit être orientée vers l’action, par exemple : « Les axes d’amélioration prioritaires pour la seconde partie du stage sont la gestion du temps et la prise d’initiative dans la planification des soins. »
En fin de stage, l’appréciation est plus conclusive. Elle doit acter l’atteinte ou non des objectifs fixés. La formulation est un bilan : « A su faire évoluer sa pratique sur l’organisation des soins, qui est désormais plus fluide. » ou à l’inverse : « Les difficultés identifiées à mi-stage concernant la communication avec les familles persistent et n’ont pas permis d’atteindre les objectifs fixés pour cette compétence. »
Étude de cas : Évaluer un étudiant sympathique mais dangereux
Considérons la situation de Julie, une IDE tutrice expérimentée. Elle encadre Léo, un étudiant de deuxième année, très apprécié de l’équipe et des patients pour sa bonne humeur et son contact facile. Cependant, Julie est préoccupée. Elle a observé à plusieurs reprises des manquements graves aux règles d’hygiène : oubli de friction hydro-alcoolique avant d’entrer dans une chambre, port de bijoux, manipulation d’un pansement stérile avec une technique approximative.
Lors du bilan de mi-stage, Julie a clairement verbalisé ses attentes et fixé des objectifs précis sur le respect des protocoles d’hygiène. Malgré cela, les erreurs persistent. Pour l’évaluation finale, Julie sait qu’elle ne peut pas recommander la validation de la compétence liée à la sécurité des soins auprès de la Commission d’Attribution des Crédits (CAC). Elle prépare son entretien en listant des faits précis, datés, et non des ressentis. Dans le portfolio, elle n’écrira pas « Léo n’est pas rigoureux », mais utilisera des phrases factuelles : « Le 12 du mois, le protocole de friction hydro-alcoolique n’a pas été respecté avant la réalisation du soin X. Le 15, un rappel a été nécessaire concernant le port de bijoux, proscrit par le service. Le 18, la préparation du champ stérile pour le soin Y a présenté une faute d’asepsie. »
Sa conclusion dans le portfolio est directe mais professionnelle : « Malgré les objectifs fixés à mi-stage, l’acquisition des règles fondamentales de sécurité et d’hygiène n’est pas démontrée. La sécurité du patient n’étant pas garantie, la compétence ne peut être proposée à la validation à l’issue de ce stage. » Julie déculpabilise son rôle : son devoir n’est pas de faire plaisir, mais de former un futur professionnel sûr, et de lui éviter d’être un jour confronté à une inaptitude professionnelle découlant d’une pratique dangereuse.
Remplir le portfolio est un acte de formation et une responsabilité professionnelle. Une évaluation bien menée, basée sur des exemples concrets et des formulations précises, est le meilleur service à rendre à l’étudiant, à la profession et surtout aux patients. L’objectif n’est jamais de sanctionner, mais de construire, étape par étape, un soignant compétent, réflexif et sûr. Utiliser une banque de phrases comme celle-ci permet de rendre cette appréciation de l’élève infirmier plus juste, plus cohérente et moins chronophage, pour se concentrer sur l’essentiel : l’accompagnement sur le terrain.
Questions fréquentes
Que faire si l’étudiant refuse de signer son évaluation de stage ?
La signature de l’étudiant sur sa feuille d’évaluation atteste qu’il en a pris connaissance, pas qu’il est d’accord avec son contenu. S’il refuse, il est conseillé de le mentionner sur le document (« Refuse de signer le [date] ») et de faire contre-signer par un témoin (cadre de santé, par exemple). L’évaluation reste valide et sera transmise à l’IFSI.
Comment évaluer un étudiant qui est bon techniquement mais a un mauvais savoir-être ?
L’évaluation doit refléter l’ensemble des compétences. Le savoir-être (communication, posture, intégration, respect) est une compétence professionnelle à part entière. L’appréciation doit donc mentionner factuellement les deux aspects : valoriser les compétences techniques acquises tout en décrivant précisément les points de vigilance sur le savoir-être avec des exemples concrets (« Difficultés à accepter les remarques constructives », « Manque de collaboration avec les aides-soignants »). Les deux aspects sont indissociables pour la validation.
Quelle est la différence entre l’appréciation du tuteur et celle des professionnels de proximité (AS, autres IDE) ?
Le tuteur est le responsable final de l’évaluation consignée dans le portfolio. Les professionnels de proximité (aides-soignants, infirmiers qui travaillent au quotidien avec l’étudiant) apportent leurs observations et leur ressenti. Le rôle du tuteur est de recueillir ces différents avis, de les synthétiser et de les analyser au regard du référentiel de compétences officiel. L’appréciation finale est donc une synthèse argumentée qui engage la responsabilité du tuteur.
