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11% des médecins sont étrangers : voici comment la France les recrute (et les garde) en 2026

Ils sont 11% des médecins en France en 2025 à avoir un diplôme étranger. Il y a treize ans, ils n’étaient que 7%. Sans eux, des services entiers fermeraient demain.

On les appelle les PADHUE, les praticiens à diplôme hors Union européenne. Longtemps invisibles, ils sont devenus la variable d’ajustement de notre système de santé. Et le Journal officiel du 15 avril 2026 vient de rappeler une réalité brutale : leur parcours reste un parcours du combattant.

Ce n’est pas une ouverture massive. C’est une régularisation au compte-gouttes, encadrée par des textes très précis. Comprendre comment ça marche, c’est comprendre pourquoi 87% du territoire était encore classé en désert médical en 2024.


Une infographie sur les médecins étrangers

Pourquoi la France ne peut plus s’en passer

Le chiffre officiel de la DREES est tombé en janvier : 237 200 médecins sont en activité au 1er janvier 2025. Un record historique. Pourtant, la tension n’a jamais été aussi forte.

Parce qu’ils exercent majoritairement dans les grandes métropoles, là où l’offre est déjà la plus dense. La psychiatrie, les urgences, la gériatrie et l’anesthésie-réanimation concentrent l’essentiel des postes vacants. Ce sont exactement les quatre spécialités où les recrutements de médecins étrangers sont les plus massifs.

La DREES le dit noir sur blanc : la hausse des effectifs depuis 2012 est portée par les diplômés étrangers. Sans eux, la courbe s’effondrerait. En 2023, on comptait déjà 16 346 médecins diplômés hors UE sur 234 028 praticiens.

Le chiffre qui compte : 11% des médecins exerçant en France en 2025 ont un diplôme étranger, contre 7% en 2012. Les PADHUE (hors UE) représentent environ 8% des effectifs.

Le problème n’est pas le nombre, c’est la répartition. L’Académie de médecine l’a martelé dans son étude 2025 : il n’y a jamais eu autant de spécialistes, mais ils sont concentrés dans les métropoles. Résultat, 87% du territoire était classé en désert médical en 2024.

Un médecin en activité

Le parcours en 4 étapes (et pourquoi il est si sélectif)

Contrairement à l’idée reçue, il n’y a aucune facilité. La loi Valletoux du 27 décembre 2023 a même durci le cadre en créant des statuts temporaires.

Tout commence par les EVC, les épreuves de vérification des connaissances. C’est un concours national organisé par le Centre national de gestion. En 2024, 4 000 postes ont été ouverts. 3 235 candidats ont été admis sur liste principale, 638 sur liste complémentaire. Un taux de sélection qui explique la colère des syndicats.

Une fois le concours réussi, le médecin n’est pas libre. Il doit effectuer un parcours de consolidation des compétences de deux ans dans un hôpital. C’est le PCC. Pendant cette période, il est recruté sous statut PACT, praticien associé contractuel temporaire. Un CDD de 13 mois renouvelable une seule fois. Une fois l’autorisation obtenue, vous basculez sur la grille hospitalière : pour cela, découvrez combien gagne vraiment un praticien hospitalier une fois autorisé.

Attention : l’autorisation d’exercice provisoire (AEP) créée en 2024 permet aux ARS d’autoriser un exercice temporaire avant les EVC, mais uniquement pour 13 mois renouvelables. Ce n’est pas une régularisation, c’est un pansement.

La dernière étape est l’avis de la commission nationale. Sans cet avis favorable, pas d’exercice de plein droit. Tout le parcours dure entre 24 et 36 mois minimum. Et il est conditionné à une affectation dans un établissement, souvent en zone sous-dotée.


Simulateur PADHUE 2026

Pouvez-vous exercer en France ?




Ce qui change vraiment avec le JORF du 15 avril 2026

Alors que certains titres annoncent « trois nouvelles spécialités ouvertes », la réalité est plus prosaïque. Le JORF n°0089 du 15 avril 2026 ne crée rien. Il publie l’arrêté du 25 mars qui fixe les listes nominatives d’autorisation d’exercice et il clôture officiellement la procédure dérogatoire ouverte le 15 décembre 2025.

Le vrai changement date de 2025. Deux décrets du 28 mai 2025 ont créé une voie interne aux EVC pour les médecins déjà en poste en France. L’instruction de la DGOS du 30 juillet 2025 a prolongé le dispositif dérogatoire jusqu’au 31 décembre 2026. C’est ce cadre qui s’applique aujourd’hui.

Il n’y a donc pas d’ouverture massive. Il y a une gestion au fil de l’eau, spécialité par spécialité, via un arrêté annuel qui fixe le nombre de places. Les quatre spécialités en tension restent prioritaires, mais sans quota officiel publié.

À retenir : le parcours PADHUE reste ultra-sélectif malgré la pénurie. La France a besoin de ces médecins, mais elle leur impose 2 ans de consolidation et un concours national. Le JORF d’avril 2026 s’inscrit dans cette continuité, pas dans une rupture.

Pour un professionnel étranger qui envisage la France, la leçon est claire. Il faut anticiper au moins trois ans de procédure (il n’existe pas d’études de médecine plus courtes en France pour contourner les EVC), viser une spécialité en tension, et accepter un premier contrat précaire. C’est le prix pour exercer dans le quatrième système de santé mondial.

Sources officielles

  • DREES – « 237 200 médecins sont en activité en France au 1er janvier 2025 » (11% de diplômés étrangers en 2025) –
    drees.solidarites-sante.gouv.fr
  • Ministère de la Santé – Instruction DGOS/RH2/2025/107 du 30 juillet 2025 et décrets n°2025-467/468 du 28 mai 2025 (parcours EVC, AEP, PACT) –
    sante.gouv.fr

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