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Retraites : le déficit pourrait être multiplié par douze d’ici 2070, alerte le COR

En 2070, le trou des retraites françaises pourrait être douze fois plus profond qu’aujourd’hui. Pas deux fois. Pas trois fois. Douze.

C’est le chiffre qui sort du nouveau rapport du Conseil d’orientation des retraites, dévoilé ce 8 juin 2026. Le COR, c’est cette instance rattachée à Matignon chargée de prédire l’avenir de nos pensions. Et son verdict a de quoi faire grincer des dents.

Le déficit du système, qui pèse aujourd’hui environ 0,2 % de la richesse nationale, grimperait jusqu’à 2,4 % du PIB en 2070. Pour situer : le système de retraite, ce sont déjà plus de 370 milliards d’euros versés chaque année selon la DREES. Autant dire que le sujet ne concerne pas que vos grands-parents.

Un couple de sexagénaires examine ses relevés bancaires et un courrier de retraite à la table de la cuisine, illustrant l'inquiétude sur l'avenir des pensions en France

Ce qui a changé en un an

Le plus frappant, ce n’est pas le chiffre. C’est sa progression d’une année sur l’autre.

Il y a tout juste un an, le rapport 2025 du COR tablait sur un déficit de 1,4 % du PIB en 2070. Le voilà passé à 2,4 %. Un point de PIB de plus en douze mois. Sur une projection aussi lointaine, ce genre de saut ne se voit quasiment jamais.

Pourquoi ce dérapage soudain ? Deux explications, principalement. D’abord la démographie : la France fait moins d’enfants que prévu. Le COR calculait ses projections sur une hypothèse de 1,8 enfant par femme. La réalité 2025 est tombée à 1,56, et la nouvelle hypothèse retenue descend à 1,45. Moins de bébés aujourd’hui, c’est mécaniquement moins de cotisants dans trente ans.

Ensuite, un facteur plus technique : le COR intègre dans ses projections l’hypothèse que les gestionnaires des retraites complémentaires Agirc-Arrco adopteraient des règles de revalorisation plus généreuses à partir de 2038, ce qui alourdirait la facture future.

💡 Le saviez-vous : Le système français fonctionne par répartition. Les cotisations prélevées sur les salaires d’aujourd’hui paient directement les pensions d’aujourd’hui. Il n’y a pas de cagnotte qui dort quelque part. Quand il y a moins d’actifs pour plus de retraités, l’équilibre se fissure tout seul.

Une bombe à retardement, pas une explosion immédiate

Bonne nouvelle, si on peut dire : rien ne s’effondre demain matin.

Le COR le précise, la trajectoire reste à peu près stable pendant une vingtaine d’années. Le déficit tournerait autour de 0,2 % du PIB en 2030 et 0,9 % en 2045. C’est seulement après 2045 que la courbe plonge vraiment dans le rouge.

Cette photo rejoint celle de la Cour des comptes, qui chiffrait l’an dernier un déficit d’environ 30 milliards d’euros à l’horizon 2045 selon la Cour des comptes, avec une dette du régime général qui atteindrait alors 350 milliards. Le calendrier laisse donc une marge de manœuvre, à condition de s’y prendre tôt.

Le problème, c’est que ce genre de fenêtre se referme vite. Plus on attend, plus les corrections nécessaires deviennent brutales. Ceux qui s’intéressent déjà aux subtilités de la retraite progressive le savent bien : en matière de pension, chaque année compte.

Quels leviers pour boucher le trou ?

Le COR ne tranche pas le débat politique, mais il classe les options.

Selon lui, un seul levier a un effet économique positif : reculer l’âge de départ, parce qu’il augmente l’emploi et la production. L’instance va jusqu’à esquisser une cible de 66,5 ans en 2070. Les autres pistes (modérer la hausse des pensions, augmenter les cotisations) sont jugées « récessives », c’est-à-dire qu’elles freinent l’économie.

Forcément, la préconisation sur l’âge passe mal. Plusieurs syndicats membres du COR contestent les hypothèses retenues et accusent l’institution de noircir le tableau. Le débat est tout sauf clos, et il s’invitera dans la prochaine présidentielle.

📊 Les chiffres choc : Tout se résume à une équation simple, rappelée par les analyses de FIPECO : le taux de cotisation égale le taux de remplacement multiplié par le taux de dépendance. En clair, si le nombre de retraités par actif grimpe sans qu’on touche aux cotisations, ce sont les pensions qui baissent. Le taux de remplacement, déjà autour de 75 % à la liquidation pour un non-cadre du privé, est appelé à se réduire.

Reste la vraie question, celle qui concerne chacun : si la pension publique se contracte, comment compenser ? Anticiper son propre coussin, calculer l’intérêt d’un rachat de trimestres ou se demander concrètement combien de temps une épargne peut tenir, ce ne sont plus des réflexions de spécialistes. Le rapport du COR doit être validé en séance le 12 juin. Les chiffres, eux, ne se voteront pas.

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