Vous ouvrez vos mails un vendredi après-midi. Votre manager vous propose une formation « à forte valeur ajoutée » pour monter en compétences sur un nouveau logiciel. Excellente nouvelle. Sauf qu’en lisant les détails, vous déchantez : la session est prévue un samedi matin, ou en soirée, de 18h à 20h, pendant trois semaines. Le dilemme est immédiat. D’un côté, l’opportunité de progresser. De l’autre, votre temps personnel, vos soirées, votre week-end. Une question tourne en boucle : peut-on refuser une formation hors temps de travail ? La crainte d’être mal vu, de passer pour un élément peu motivé ou pire, de s’exposer à une sanction, paralyse souvent la décision. Pourtant, le droit du travail est très clair sur le sujet.
L’essentiel en 30 secondes
Vous pouvez dire non à une formation le soir ou le samedi, sans risquer une sanction.
- 🙅 Refus protégé Le refus d’une formation hors temps de travail ne constitue ni une faute ni un motif de licenciement.
- ✍️ Accord écrit obligatoire Sans accord collectif, votre accord écrit est indispensable et vous pouvez le dénoncer dans les 8 jours.
- 💰 Pas de paie prévue Ces heures ne sont en principe pas rémunérées. L’allocation de 50 % du net a été supprimée le 1er janvier 2019.
- 🛠️ Formation obligatoire à part Si elle conditionne l’exercice de votre fonction, elle doit avoir lieu sur le temps de travail et reste payée.
Le test en 2 questions pour savoir si vous pouvez refuser
Avant de paniquer ou d’accepter à contrecœur, posez-vous deux questions très simples. Votre réponse déterminera si votre employeur peut exiger quoi que ce soit de vous.
Question 1 : Cette formation est-elle obligatoire pour faire mon travail ?
C’est la distinction fondamentale. Le Code du travail sépare les formations en deux catégories :
- Les formations obligatoires : Ce sont celles qui conditionnent l’exercice de votre activité ou de votre fonction en application d’une convention internationale ou de dispositions légales et réglementaires.
- Exemples : L’habilitation électrique pour un électricien, le CACES pour un cariste, une formation à la sécurité incendie pour l’ensemble du personnel.
Pour ces formations, la règle est simple : elles constituent un temps de travail effectif. Elles doivent donc impérativement se dérouler pendant vos heures de travail et être rémunérées à votre taux horaire normal. Votre employeur ne peut pas vous les imposer en dehors de ce cadre.
- Les formations non-obligatoires : Ce sont toutes les autres. Elles visent à développer vos compétences, à vous adapter à de nouveaux outils ou à préparer une évolution de carrière.
- Exemples : Apprendre un nouveau logiciel de design, suivre un cours de management, se perfectionner en anglais.
C’est pour cette catégorie que la question de la formation hors temps de travail se pose. Et c’est là que votre accord devient la clé de tout.
Question 2 : Ai-je donné mon accord par écrit ?
Pour toute formation non-obligatoire se déroulant en dehors de vos horaires, la loi est formelle : l’accord écrit du salarié est indispensable. Un simple « oui » prononcé en réunion ne suffit pas. Cet accord doit être formalisé par écrit, par un document signé ou par un échange écrit suffisamment clair.
Sans accord collectif d’entreprise ou de branche, vous disposez d’un délai de 8 jours à compter de sa conclusion pour dénoncer cet accord. Vous pouvez changer d’avis sans avoir à vous justifier. En présence d’un accord collectif, votre accord reste formalisé par écrit, mais le Code ne pose pas ce délai de 8 jours dans le même article réglementaire. Sans cet accord écrit, aucune obligation de votre part.
Accepter ou refuser une formation hors temps de travail : quelles conséquences ?
Maintenant que le cadre légal est clair, voyons les conséquences pratiques de votre choix.
Scénario 1 : Vous refusez. Zéro risque légal sur le hors temps de travail.
Soyons directs : le refus de participer à une formation en dehors du temps de travail ou la dénonciation de votre accord dans les conditions légales ne constitue ni une faute, ni un motif de licenciement. C’est inscrit dans l’article L6321-7 du Code du travail, selon le Code du travail numérique. Vous n’avez aucune justification à fournir. En revanche, le refus d’une formation obligatoire, celle qui conditionne l’exercice de la fonction, peut constituer une faute.
Bien sûr, la crainte d’un impact sur vos relations avec votre manager est légitime. Une communication claire et professionnelle est donc recommandée. Expliquer que vos contraintes personnelles ne vous le permettent pas tout en réaffirmant votre intérêt pour le sujet si la formation était proposée sur le temps de travail est souvent une bonne approche.
Scénario 2 : Vous acceptez. Voici votre compensation.
Si la formation vous intéresse et que vous êtes d’accord pour y consacrer votre temps personnel, sachez que ces heures hors temps de travail ne sont en principe pas rémunérées. Elles ne sont pas considérées comme du temps de travail effectif et ne sont donc pas payées comme des heures supplémentaires.
L’ancienne allocation de formation (50 % du net) n’existe plus. Le Centre Inffo rappelle que le décret a supprimé l’obligation de la verser. La loi n’impose plus aucune allocation. Seul un accord collectif d’entreprise ou de branche peut prévoir des contreparties, par exemple pour la garde d’enfant, selon Service-Public.
Sans accord collectif, le nombre d’heures de formation réalisables hors temps de travail est plafonné à 30 heures par an et par salarié (ou 2 % du forfait pour les salariés en forfait en jours ou en heures sur l’année). S’il existe un accord d’entreprise ou, à défaut, de branche, c’est cet accord qui fixe la limite horaire ou le pourcentage du forfait.
Finalement, la décision de refuser une formation hors temps de travail ou de l’accepter est un choix personnel que la loi encadre pour protéger votre équilibre vie pro et vie perso. Connaître ces règles simples vous donne le pouvoir de décider en toute sérénité, sans pression ni crainte. La formation est un levier de progression, mais elle ne doit jamais se faire au détriment de vos droits fondamentaux.
FAQ (Questions fréquentes)
Cette règle s’applique-t-elle aux cadres en forfait jours ?
Oui, le même régime s’applique aux salariés dont la durée du travail est fixée par une convention de forfait en jours ou en heures sur l’année. Sans accord collectif, la limite est de 2 % du forfait. Un accord collectif peut fixer un autre pourcentage.
Que faire si mon employeur insiste lourdement malgré mon refus ?
Il est important de rester calme et professionnel. Vous pouvez lui rappeler, par écrit, les dispositions de l’article L6321-7 du Code du travail. Si la pression devient anormale, n’hésitez pas à solliciter vos représentants du personnel (CSE) ou les services RH de votre entreprise pour une médiation.
L’allocation de formation est-elle soumise à l’impôt sur le revenu ?
Non. L’allocation de formation légale de 50 % n’existe plus depuis le 1er janvier 2019. Hors temps de travail, il n’y a en principe rien à déclarer de ce chef. Si un accord collectif prévoit une contrepartie versée, son régime fiscal et social dépend de sa nature.

