Votre fournisseur de gaz va vous facturer plus cher dans les prochains mois, et la plupart des Français ne savent même pas pourquoi.
La raison ? Un mécanisme discret appelé les Certificats de Production de Biogaz, les CPB. Concrètement, la loi oblige désormais les fournisseurs de gaz à acheter ces certificats pour soutenir la production de biogaz en France. Et comme toujours, ce coût finit sur votre facture.
Le 22 mai 2026, soit il y a quelques jours à peine, un nouveau décret est venu modifier ce cadre réglementaire. Personne n’en a parlé dans les grands médias. Pourtant, si vous vous chauffez au gaz, vous allez le sentir passer d’ici 2028.
Voici ce qui se passe vraiment, et surtout ce que ça va vous coûter.

C’est quoi exactement ce mécanisme sur votre facture ?
Imaginez un système de bons d’achat obligatoires. L’État impose aux fournisseurs de gaz d’acheter chaque année un certain nombre de ces bons, appelés CPB, qui représentent chacun la production d’un mégawattheure de biométhane injecté dans les réseaux.
Le biométhane, c’est du gaz renouvelable produit à partir de déchets agricoles, de boues d’épuration ou de déchets organiques. L’État veut en développer massivement la production en France. Pour financer ça sans passer par le budget public, il a trouvé une solution simple : faire payer les fournisseurs de gaz, qui eux-mêmes répercutent le coût sur vous.
Ce n’est pas une taxe au sens strict. C’est un mécanisme de soutien à la filière énergétique verte, inspiré du système des Certificats d’Économies d’Énergie que vous connaissez peut-être déjà. Mais le résultat sur votre facture est le même : vous payez plus.
Ce mécanisme a été créé par la loi Énergie-Climat du 8 novembre 2019 (loi n°2019-1147), mais son application concrète avec une trajectoire d’obligation chiffrée ne démarre qu’au 1er janvier 2026. Vous n’en avez pas entendu parler avant parce que l’impact sur votre portefeuille n’était pas encore significatif. C’est maintenant que ça commence vraiment.
De combien va augmenter votre facture concrètement ?
C’est là que les estimations officielles de la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) deviennent très parlantes. Ces chiffres, publiés en 2023 et basés sur les coefficients d’obligation fixés par décret, donnent une projection pour un foyer consommant 14 MWh de gaz par an :
- En 2026 : environ +8 euros par an pour un foyer moyen
- En 2027 : environ +37 euros par an
- En 2028 : environ +79 euros par an
Ces projections datent de 2023 et le prix réel des CPB sur le marché en 2026 pourrait les faire évoluer dans un sens comme dans l’autre. Ce qui est certain en revanche, c’est la trajectoire : le surcoût est multiplié par près de dix en deux ans. Ce n’est pas anodin, surtout dans un contexte où le pouvoir d’achat des ménages est déjà sous pression. Pour rappel, le salaire médian en France en 2026 ne laisse pas beaucoup de marge pour absorber des hausses supplémentaires sur les postes fixes comme l’énergie.
Si vous vivez dans un immeuble avec chauffage central au gaz, le décret du 22 mai 2026 ouvre désormais une faculté légale aux gestionnaires de réseaux de chaleur de répercuter le surcoût CPB sur vos charges. Ce n’est pas automatique, mais c’est désormais possible. Une raison de plus de surveiller de près le détail de vos charges collectives.
Pourquoi 2028 est une date clé à surveiller
La trajectoire 2026-2028 est la première période d’obligation chiffrée. Elle a été fixée par le décret du 6 juillet 2024, après que la Commission de Régulation de l’Énergie a elle-même demandé à revoir les niveaux à la baisse pour éviter un choc trop brutal sur les marchés.
Ce qui se passe après 2028, personne ne le sait encore précisément. Le gouvernement vient justement de lancer une consultation publique sur la trajectoire post-2028, clôturée fin mai 2026. Les décisions qui en découleront détermineront si le surcoût continue de grimper, se stabilise, ou évolue autrement.
Autrement dit : 2028 n’est pas une ligne d’arrivée. C’est potentiellement le début d’une nouvelle accélération.
710 installations produisent déjà du biométhane en France pour une capacité de 13,1 TWh par an. L’objectif de l’État est d’atteindre entre 14 et 22 TWh d’ici 2028. C’est cette ambition que vous financez progressivement via votre facture de gaz.
Ce que vous pouvez faire concrètement
Soyons directs : vous ne pouvez pas y échapper si vous utilisez du gaz naturel. Le mécanisme est intégré dans les contrats de fourniture, pas affiché comme une ligne séparée sur votre facture. Vous ne verrez probablement jamais la mention « CPB » sur votre relevé.
Ce que vous pouvez faire en revanche :
- Comparer les offres de fournisseurs, car la répercussion exacte varie selon les contrats
- Surveiller votre consommation annuelle : moins vous consommez, moins l’impact est fort
- Anticiper les révisions tarifaires de votre contrat de gaz, surtout si vous êtes en offre de marché
La vraie leçon de ce mécanisme, c’est qu’il illustre parfaitement comment la transition énergétique se finance en France : pas par l’impôt visible, mais par des surcoûts discrets intégrés dans vos contrats du quotidien. Un peu comme ces mécanismes légaux que l’État peut activer sur votre argent sans que vous en soyez informé, le dispositif CPB agit en coulisses, loin des débats publics.
Le biogaz est une énergie d’avenir. Mais son développement a un prix, et c’est vous qui le payez, que vous le sachiez ou non.