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2 895 € pour étudier en France : la fin des exonérations pour les étudiants hors UE

2 895 euros. C’est ce qu’un étudiant venu du Maroc, du Sénégal ou du Vietnam devra débourser chaque année pour une licence dans une université française à partir de la rentrée prochaine. Avant, c’était 178 euros. Le même tarif que pour n’importe quel Français.

Le décret n° 2026-385, signé le 19 mai 2026 et publié au Journal Officiel le lendemain, entre en vigueur ce 21 mai. Il ne crée rien de nouveau : les tarifs majorés pour les étudiants hors Union européenne existent depuis 2019. Ce qui change, c’est que les universités ne pourront plus les contourner comme elles le faisaient jusqu’ici.

Concrètement : jusqu’à présent, 90% des étudiants concernés bénéficiaient d’une exonération. Les universités accordaient ces dispenses massivement, rendant le système largement théorique. Ce décret met fin à cette pratique en plafonnant les exemptions.

Une étudiante sénégalaise s'inquiète pour ses frais de scolarité en France.

La règle, c’est désormais de payer

Philippe Baptiste, ministre de l’Enseignement supérieur, l’a dit clairement sur RTL en avril : « La règle, ce sont les droits différenciés, et l’exception, l’exonération. » Le ton est donné.

Les montants sont vertigineux comparés au tarif standard (source : Service-Public.fr, arrêté d’inscription 2025-2026) :

  • En licence : 2 895 euros par an (contre 178 euros pour les étudiants européens)
  • En master : 3 941 euros par an (contre 254 euros)

Le ministre argue que ces montants ne représentent qu’une partie du coût réel de formation, l’État continuant à subventionner le reste, même pour les étudiants étrangers non exonérés. C’est un argument repris depuis le lancement du plan « Bienvenue en France », annoncé en novembre 2018 et formalisé par décret en avril 2019, mais aucune étude indépendante publiée ne l’a formellement validé pour 2026.

Les universités, elles, ne voient pas les choses sous cet angle. France Universités, qui représente les présidents d’établissements, alerte sur le risque pour l’attractivité de la France. Et pour cause : 100% des universités ont bouclé leur budget en déficit en 2026. Elles ont besoin d’argent, certes, mais elles craignent que cette réforme fasse fuir les étudiants qu’elles cherchaient à attirer.

Attention : L’UPEC (Université Paris-Est Créteil) a publié un communiqué officiel dès le 30 avril pour dénoncer « une atteinte grave à l’ouverture et à l’attractivité de l’université publique ». L’établissement signale aussi deux mesures connexes : la suppression des APL pour les étudiants extracommunautaires non boursiers, et une hausse des timbres fiscaux pour les titres de séjour. Les montants exacts de cette dernière hausse restent à confirmer sur Légifrance.

Qui est vraiment concerné ?

Environ 320 000 étudiants étrangers en mobilité internationale étaient inscrits dans le supérieur français à la dernière rentrée documentée par le SIES (source : MESR/SIES, données 2023-2024), soit autour de 12% de l’ensemble des effectifs. Mais attention : tous ne sont pas visés par ce décret.

Seuls les ressortissants de pays hors UE sont concernés. Les étudiants européens, ainsi que ceux de Norvège, d’Islande, du Liechtenstein et de Suisse, paient les mêmes frais que les Français. Aucun changement pour eux.

Et même parmi les extracommunautaires, des exonérations restent possibles. Le décret prévoit deux catégories :

  • Les exonérations de plein droit : pour les étudiants couverts par un accord bilatéral entre établissements, à condition que les universités partenaires accordent une réciprocité aux étudiants français.
  • Les exonérations sur critères sociaux : le président de l’université peut en accorder, mais dans une limite stricte. Si vous cherchez à ouvrir un compte bancaire en France en tant qu’étudiant étranger, sachez que ce statut d’exonéré ou non changera aussi votre accès à certaines aides.
Les chiffres du calendrier : Le plafond d’exonérations discrétionnaires sera de 30% des effectifs extracommunautaires pour la rentrée 2026-2027, puis 25% en 2027-2028, puis 20% à partir de 2028-2029. La version initiale du texte ne prévoyait que 10% : le chiffre a été revu à la hausse après les résistances exprimées au Cneser lors de sa séance du 12 mai 2026.

Ce que le décret ne dit pas

Le Cneser, l’organe consultatif officiel de l’enseignement supérieur, a d’abord boycotté le texte lors de sa première présentation le 5 mai. Il a finalement examiné la version assouplie le 12 mai. Son avis n’est pas contraignant, mais le boycott initial dit quelque chose du niveau de tension autour de ce dossier.

Ce qui est rassurant pour les étudiants déjà en cursus : le décret protège explicitement ceux qui bénéficiaient d’une exonération en 2025-2026. Ils restent sous l’ancien régime jusqu’à la fin de leur cycle, à condition de rester dans le même établissement. Ceux qui ont déjà obtenu une exonération pour 2026-2027 avant l’entrée en vigueur du texte la conservent aussi.

Ce qui reste flou : personne ne sait exactement combien d’étudiants passeront effectivement à la caisse à la rentrée prochaine. Le ministère évoque un potentiel de 250 millions d’euros de recettes supplémentaires par an, mais ce chiffre n’est étayé par aucune étude publiée et indépendante. Même prudence, donc.

La vraie question, ce n’est pas le montant des frais. C’est de savoir combien d’étudiants renonceront à venir en France pour une autre destination qui pratique des tarifs plus accessibles. Pour ceux qui arrivent quand même, les premières démarches administratives attendent : reprendre ou commencer des études en France implique bien plus que les frais d’inscription. Les effets réels de ce décret, on ne les mesurera vraiment qu’à la rentrée.

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