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Les Américains n’épargnent plus que 2,6 % de leur paie : le chiffre qui sidère les économistes

Sur chaque dollar gagné le mois dernier, les Américains n’en ont gardé que 2,6 centimes. Le reste ? Parti. En impôts, en courses, en essence, en factures. Quasiment rien qui dort sur un compte.

Ce chiffre, c’est le taux d’épargne personnel publié fin mai par le Bureau of Economic Analysis, l’organisme officiel du Commerce américain. En avril 2026, il est tombé à 2,6 %. Pour donner une idée : d’après les données compilées par USAFacts, les Américains épargnaient encore 6,1 % de leur revenu en moyenne dans les années 2010. Le niveau actuel en représente moins de la moitié.

Et ce n’est pas un accident d’un mois. C’est une dégringolade qui dure. Janvier : 4,3 %. Février : 3,6 %. Mars : 3,2 %. Avril : 2,6 %. Quatre mois de chute d’affilée. Un an plus tôt, en avril 2025, le taux était encore à 5,5 %. Il a été divisé par plus de deux en douze mois.

Un Américain inquiet compte les quelques billets qu'il lui reste à sa table de cuisine, illustrant la chute de l'épargne des ménages aux États-Unis

Pourquoi les Américains arrêtent d’épargner

La raison tient en une phrase : les salaires courent moins vite que les prix.

L’inflation est repartie. Sur un an, les prix à la consommation ont grimpé de 3,8 % en avril, leur plus haut niveau depuis mai 2023. Pendant ce temps, les salaires progressent, mais beaucoup plus lentement. Résultat, le revenu réel (ce qu’il reste vraiment dans la poche une fois l’inflation déduite) recule.

Quand votre paie n’augmente pas assez pour suivre le caddie et le plein, vous ne réduisez pas vos dépenses du jour au lendemain. Vous piochez dans l’épargne. C’est exactement ce qui se passe. Un phénomène que les ménages français connaissent bien, eux qui voient leurs dépenses contraintes augmenter chaque année sans pouvoir y échapper.

Deux coupables reviennent dans les analyses. D’abord l’essence : selon CNBC, le prix moyen a bondi à 4,43 dollars le gallon, une flambée que les médias relient à la guerre au Moyen-Orient. Ensuite les droits de douane, qui ont renchéri une partie des produits importés, y compris des biens du quotidien qui avaient l’habitude de coûter moins cher d’année en année.

📊 Les chiffres choc : Au total, les ménages américains ont mis 611,7 milliards de dollars de côté en avril. Ça paraît énorme. Mais rapporté à tout ce qu’ils ont gagné, ça ne représente que 2,6 % de leur revenu disponible. La cagnotte est grosse en valeur absolue, minuscule en proportion.

Le signal qui inquiète vraiment les économistes

Un taux d’épargne bas, en soi, ça arrive. Ce qui alerte, c’est ce qu’il y a derrière.

De plus en plus d’Américains tiennent à crédit. D’après une enquête NerdWallet relayée par CNBC, menée en mai auprès de plus de 2 000 adultes, 37 % comptaient utiliser une carte de crédit, un paiement fractionné ou un prêt pour couvrir au moins une partie de leurs dépenses du mois. Et ça touche aussi les revenus confortables : 35 % des foyers gagnant plus de 100 000 dollars par an étaient dans le même cas.

Le paiement fractionné, justement, explose des deux côtés de l’Atlantique. En France aussi, la pratique du « payer en plusieurs fois » est telle que de nouvelles règles encadrent désormais le crédit à la consommation.

Autre signal, côté retraite. Selon Fidelity, 19,2 % des salariés avaient un emprunt en cours sur leur plan d’épargne retraite (le fameux 401(k)) au premier trimestre, contre 18,8 % un an plus tôt. Quand on commence à taper dans sa retraite pour boucler les fins de mois, c’est rarement bon signe.

Heather Long, économiste en chef de Navy Federal Credit Union, a résumé le sentiment général : elle a d’abord cru à une faute de frappe tant le chiffre lui paraissait bas. Selon elle, hors épisodes de bulle immobilière ou de choc post-pandémie, un tel niveau d’épargne n’avait pas été vu depuis des décennies.

💡 Le saviez-vous : Le taux d’épargne ne compte que l’argent liquide vraiment mis de côté. Il ignore la hausse de valeur de votre maison ou de vos actions tant que vous ne les vendez pas. Un ménage peut donc « épargner peu » sur le papier tout en s’enrichissant via la Bourse ou l’immobilier.

Faut-il vraiment parler d’effondrement ?

Soyons précis, parce que les gros titres exagèrent parfois.

Non, 2,6 % n’est pas un record historique absolu. Le vrai plancher remonte à juillet 2005, à 1,4 %, en pleine bulle immobilière. On a aussi connu un bref creux autour de 2 % en 2022. Donc 2,6 %, c’est le niveau le plus bas depuis quatre ans, pas la pire valeur jamais enregistrée.

Mais le contexte rend la photo plus sombre. D’après l’analyse rapportée par La Tribune, l’économiste Grégory Daco (EY) décrit une économie « en K » : d’un côté des ménages aisés qui s’enrichissent grâce aux marchés et à l’intelligence artificielle, de l’autre des foyers modestes qui s’appauvrissent à cause de l’inflation et de l’énergie. Selon lui, ces piliers brillants masquent des fondations de plus en plus fragiles. Goldman Sachs, de son côté, reste mesuré et a même abaissé sa probabilité de récession à douze mois, de 30 % à 25 %. Pas de panique, donc, mais une vigilance réelle.

Reste la vraie question, qui dépasse les frontières américaines : que se passe-t-il le jour où le coussin de sécurité disparaît ? Savoir combien de temps une épargne peut tenir face aux dépenses n’a jamais été aussi concret. Le prochain verdict américain tombe le 25 juin, avec les données de mai. D’ici là, une chose est sûre : quand la moindre hausse de l’essence se transforme directement en dette, le filet devient dangereusement mince.

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