Apprendre. Progresser. Construire sa réussite.

Ces médecins bloqués depuis le Brexit vont enfin pouvoir exercer : ce que ça change vraiment

Six millions de Français n’ont pas de médecin traitant. Et pendant ce temps, des médecins formés en Europe étaient bloqués par une aberration administrative née du Brexit.

C’est terminé. Le 4 mai 2026, l’Assemblée nationale a adopté définitivement une loi qui change la donne pour les praticiens diplômés au Royaume-Uni avant la fin du Brexit. Une décision unanime, saluée sur tous les bancs. Mais derrière ce consensus apparent se cachent des réalités bien plus nuancées.

Voici ce que cette loi change vraiment, et ce qu’elle ne changera pas.

Médecin en blouse blanche regardant par la fenêtre d'un couloir d'hôpital français

Le Brexit a fabriqué un problème absurde

Avant le 31 décembre 2020, un médecin diplômé à Londres pouvait s’installer à Lyon aussi facilement qu’un diplômé de Bordeaux. La directive européenne 2005/36/CE garantissait la reconnaissance automatique des qualifications médicales entre tous les États membres, Royaume-Uni inclus.

Puis le Brexit est arrivé. Et du jour au lendemain, un médecin français ayant fait toute sa formation médicale à Manchester s’est retrouvé classé dans la même catégorie qu’un praticien diplômé en dehors de l’Union européenne : le statut PADHUE (Praticien à Diplôme Hors Union Européenne).

Ce statut impose un parcours long et sélectif :

  • Passer les Épreuves de Vérification des Connaissances (EVC), un concours national exigeant
  • Effectuer un Parcours de Consolidation des Compétences de 1 à 2 ans en hôpital public
  • Obtenir une validation finale par une commission ministérielle

Pour quelqu’un qui avait commencé ses études dans un cadre européen, avec les mêmes standards qu’un étudiant de Strasbourg ou de Bruxelles, ce parcours a été vécu comme une humiliation. La sénatrice Patricia Demas l’a qualifié d’« incompréhensible ».

Le saviez-vous ? Le Brexit a aussi aggravé la pénurie médicale au Royaume-Uni. Selon le Nuffield Trust, le départ des médecins européens a creusé un manque de 4 000 praticiens dans quatre spécialités majeures. Un effet boomerang que personne n’avait anticipé.

Ce que la loi change concrètement

La proposition de loi portée par le député Vincent Caure (Renaissance) crée une troisième voie : ni la procédure PADHUE intégrale, ni la reconnaissance automatique pleine et entière. Ces médecins sont désormais alignés sur le régime des diplômés européens, sous une condition.

Cette condition : que leur diplôme figure sur une liste établie par arrêté des ministres français chargés de l’enseignement supérieur et de la santé, accompagnée d’une attestation délivrée par le Royaume-Uni certifiant que leur formation respectait bien les standards européens en vigueur au moment de leurs études. Ces modalités pratiques doivent encore être précisées par arrêté interministériel.

Le texte a suivi un parcours rapide :

  • Déposé le 18 novembre 2025
  • Adopté à l’unanimité à l’Assemblée nationale le 16 février 2026
  • Adopté au Sénat le 31 mars 2026
  • Définitivement adopté le 4 mai 2026
Attention : La loi ne s’applique pas à tous les médecins formés au Royaume-Uni. Elle cible uniquement ceux ayant commencé leurs études avant le 31 décembre 2020, et se limite aux ressortissants français, européens, andorrans ou britanniques. Un médecin algérien diplômé à Londres reste soumis à la procédure PADHUE complète.

L’impact réel sur les déserts médicaux : soyons honnêtes

87 % du territoire français est classé en situation de fragilité médicale. En 2024, seulement 2 130 nouveaux médecins se sont installés comme médecins traitants, soit un recul de 9,8 % par rapport à l’année précédente. Dans les zones sous-denses, les nouvelles installations de généralistes libéraux ont atteint un niveau bas historique.

Alors cette loi va-t-elle changer la situation ?

Probablement peu. Et les parlementaires eux-mêmes le reconnaissent. Le député LFI Hadrien Clouet a estimé à une centaine le nombre de médecins concernés par le texte. L’Association des médecins franco-britanniques confirme ce chiffre : environ 100 praticiens seraient intéressés par une installation en France.

100 médecins. Sur 6 millions de Français sans médecin traitant.

Plusieurs élus de gauche ont souligné que la loi « ne fait que gratter la surface du problème global ». Ce texte répare une injustice réelle. Il ne comble pas un désert médical.

Les chiffres clés : La France compte 237 200 médecins en activité au 1er janvier 2025, un chiffre en hausse de 1,6 % sur un an. Le vrai problème n’est pas la pénurie absolue de médecins, mais leur répartition : les praticiens se concentrent dans les grandes villes pendant que 87 % du territoire manque de soins.

Un signal politique fort, même si symbolique

L’adoption unanime de ce texte envoie un message clair : la France est prête à corriger les aberrations administratives qui freinent l’installation de médecins compétents sur son sol.

C’est aussi la reconnaissance d’une réalité que le corps médical connaît depuis longtemps. Les médecins à diplôme étranger représentent désormais entre 11 % et 13 % du corps médical actif en France, et leur nombre a plus que doublé depuis 2010. Sans eux, des postes de praticien hospitalier resteraient vacants dans des territoires déjà exsangues.

La prochaine étape ? Les modalités pratiques de l’attestation britannique, qui n’ont pas encore été fixées par arrêté. Autrement dit : la loi est votée, mais le premier médecin franco-britannique à en bénéficier devra encore attendre que la bureaucratie suive.

Dans un pays où 6 millions de personnes cherchent un médecin spécialiste comme un médecin traitant, chaque mois compte.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut